Du 6 au 15 Novembre 2019, un procès d'un vaste réseau de prostitution nigérian s'est déroulé devant la 16ème Chambre correctionnelle de LYON.
Me VINCENT-GIROD a assisté deux jeunes prostituées, âgées de 17 et 25 ans lors de leur arrivée en France.
Le recrutement au NIGERIA
Elles travaillaient comme serveuse dans un restaurant ou coiffeuse lorsqu’on leur proposait de venir travailler en France pour travailler dans un magasin et gagner plus d’argent.
Avant leur départ du NIGERIA, elles assistaient à une cérémonie du « Juju » (sorte de sorcellerie) au cours de laquelle elles devaient jurer qu’elles ne diraient à personne qui les avait amenés en France et que si elles ne remboursaient pas l'argent de leur voyage, une personne de leur entourage mourrait.
Le périple en direction de la France
Elles traversaient le NIGERIA en bus, en s’arrêtant régulièrement dans des camps.
Afin de traverser le désert, elles étaient transportées, avec 30 autres personnes, dans la benne d’un pick-up.
Durant les trois jours passés dans le désert, elles n’avaient ni à manger, ni à boire, ni la possibilité de se laver ni nous laver.
Elles attendaient 2 mois dans un camp à TRIPOLI en LIBYE.
Elles étaient par la suite placées sur un bateau pour rejoindre l’Italie, avant d’être arrêtées par les autorités libyennes et mises en prison.
Les jeunes femmes restaient deux mois et demi dans cette prison, mois au cours desquels elles étaient battues à de nombreuses reprises.
Suite à leur libération, elles restaient de nouveau deux mois dans un camp puis rejoignaient l’Italie en bateau.
La traversée avait lieu sur le bateau gonflable, avec 200 personnes à bord.
Les passagers étaient sauvés par les autorités italiennes et placés dans un camp.
Des passeurs rémunérés par des proxénètes vivant en France les faisaient sortir du camp italien et rejoindre la France en bus.
Après 6 mois de voyage, elles arrivaient à la Gare de Nîmes.
Durant ces mois de voyage entre le NIGERIA et la France, elles s’étaient imaginées à plusieurs reprises mourir (lors de la traversée du désert, de l’incarcération en LIBYE …).
L’arrivée en France
Elles étaient placées dans un appartement et ce n’est qu’à ce moment-là que les jeunes femmes nigérianes apprenaient qu’elles devaient se prostituer afin de payer le loyer, l'électricité et rembourser les frais du voyage, comme juré sur le Juju.
Refusant de se prostituer, elles étaient menacées, ainsi que sa famille, et battues.
Terrorisées, elles n’avaient d’autres choix que d’accepter.
Durant 1 an et demi pour l’une et 5 ans pour l’autre, elles ont été contraintes de se prostituer et de remettre l’intégralité de leur gain à leurs proxénètes respectives.
Ces jeunes femmes croyaient quitter des conditions de vie difficiles pour une vie meilleure, avec un emploi de vendeuse ou coiffeuse très rémunérateur selon les promesses faites.
Elles ont en réalité tout perdu et ont eu le sentiment d’avoir été violée durant des mois voire années.
Réquisitions du Procureur de la République
Après 7 jours de procès, des peines entre 3 et 10 ans ont été demandés par le Procureur de la République à l’encontre des 23 prévenus.
Le délibéré a été rendu publiquement le 29 Novembre prochain.Les peines prononcées ont été entre 2 et 7 ans d'emprisonnement.
Plusieurs proxénètes condamnés se sont vu délivrer un mandat de dépôt (soit un départ immédiat en prison, dès le prononcé du jugement).
Me VINCENT-GIROD a assisté deux jeunes prostituées:
- pour l'une d'elle, sa proxénète a été condamnée à la peine d'emprisonnement de 4 ans et à des dommages et intérêts à hauteur de 15.000 Euros.
- pour l'autre, sa proxénète a été condamnée à la peine d'emprisonnement de 7 ans et à des dommages et intérêts à hauteur de 10.000 Euros (période de prostitution plus courte).
De nombreuses personnes condamnées ont fait appel du jugement: le nouveau procès aura lieu en Mai 2020.